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Le journaliste masqué

Le journaliste masqué

"Nous sommes des enquêteurs, pas des procureurs"

Experts et expertises : quel rôle des journalistes dans ce foutoir ?

Experts et expertises : quel rôle des journalistes dans ce foutoir ?

Les attentats à Bruxelles ont de nouveau mis en évidence le rôle des experts, à défaut de l’expertise, sensés tout connaitre de la problématique et là pour donner une profondeur à l’analyse d’évènements extraordinaires. D’après Télérama et l’INA, en 2015, plus de six cents intervenants différents se sont relayés dans les journaux télévisés et tranches d’info du soir des principales chaînes pour aborder ces thématiques (Syrie, failles supposées des services de renseignement, déradicalisation...).

Mais la controverse n’a pas tardé à émerger, comme à chaque fois d’ailleurs, pour savoir ce qu’est un expert. L’évaluer n’est pas chose aisée et commencent à apparaître, ici et là, des ‘guides de survie’ à l’attention des journalistes, permettant de séparer le bon grain de l’ivraie. Au grand bénéfice des citoyens bien sûr, mais également de la profession, toujours en quête de crédibilité. Mais à travers ce questionnement général se posent en réalité trois questions.

Qui sont les experts ? Qu’est-ce qu’une expertise ?

Il serait bien tentant de faire une liste ‘d’experts crédibles’, avec tout ce que cela comporte d’erreurs. Le principal biais étant qu’une liste est généralement prise pour argent comptant, gravée dans le marbre. Or, on est plus dans la science sociale que dans la science dure, posée là ad vitam æternam. Ce que certains ont tout à fait compris (merci à eux).

Bien sûr, il faut sortir de l’évaluation binaire de l’expert et caractériser le jugement de valeur : quelle est sa valeur ajoutée ? Quelle est sa crédibilité ? La typologie des principales critiques concernant certains experts est vaste : certains jouent sur l’esbroufe et se targuent d’expérience dans divers ministères ou ‘organes de sécurité’, etc. D’autres ont créé un institut, un observatoire, un think tank… D’autres sont universitaires. Bref, chacun se créé une légitimité plus ou moins solide, plus ou moins crédible à travers le temps. Et ne parlons pas des questions d’égo…

Ainsi, l’expertise de ces personnes est rapidement évaluable (tout est relatif certes) et ils sont donc remis en cause. Comment ? Via la justice (plainte en diffamation, etc.), l’évaluation de leurs travaux par des pairs, ou tout simplement en pointant du doigt (médiatiquement) leurs erreurs. Pourtant, tout n’est pas à jeter. Jacques Raillane (aka Abou Djaffar) livre son avis là-dessus, extrêmement mesuré et plein d’humour.

Toutefois, au-delà des querelles de personnes, ce qui nous interpelle est plutôt en lien avec l’écosystème médiatique. En effet, l’expert n’est qu’un symptôme d’un manque de professionnalisme de la profession. Evidemment, les journalistes ne peuvent être experts de tout, avoir un don d’ubiquité. Ils doivent donc faire appel à des personnes qui éclairent la problématique. Mais le devoir des journalistes est alors d’évaluer ces experts, de manière tangible. Et c’est là tout le problème. Comment évaluer la superficialité ?

Quel est le rôle des journalistes ?

Les controverses entourant un grand nombre d’experts est en fait l’arbre qui cache la forêt. En effet, aux journalistes et rédactions – selon moi – de faire leur travail, c’est-à-dire de recouper et d’évaluer les informations et les sources qu’ils vont présenter aux lecteurs, auditeurs et téléspectateurs.

Au-delà de la compétence du journaliste, cela renvoie aussi au contexte médiatique sans commune mesure avec ce qu’on a connu auparavant : pas seulement technique (chaînes d’informations en continu et réseaux sociaux) mais historique (attentats, crises économiques successives, par exemple au niveau européen). Tout cela s’autonourrit et se termine en gloubi-boulga médiatique.

Aussi, sans justifier certaines dérives, il faut comprendre la question des experts en lien avec celle de la saturation médiatique. Comme le dit Nolwenn Le Blevennec : « Les chaînes d’info continue, la manière dont on les consomme […] et les partages sur les réseaux sociaux ont fait exploser l’espace mental occupé par les dernières attaques terroristes ».

Mais revenons à ce ‘manque de jugeote’ ? David Thomson, à la double casquette de journaliste et de spécialiste reconnu sur le sujet du djihadisme, cerne très bien le problème : « Quand une arrestation ou un attentat se produit, le passage en mode “breaking news” et “live” nécessite par définition des intervenants qui sont invités pour analyser, apporter des éléments de contexte et de compréhension mais qui, la plupart du temps, meublent en réalité le vide avec du vide. Les rédactions généralistes n’ont pas toujours les armes pour déceler le mouton noir, parfois elles savent qu’elles ouvrent leurs micros à des personnalités douteuses mais elles estiment ne pas avoir d’alternative ».

Télérama le rappelle également : « ‘Dans l’urgence, la capacité des intervenants à meubler importe plus que leur expertise’, justifie un confrère de RTL. ‘Quand il se passe quelque chose, on appelle, on appelle, on appelle. Et c’est le premier qui décroche qui a gagné », confirme une programmatrice de BFM TV’. Cela en dit long sur les mœurs de la profession.

Or, les médias ont un rôle social, de garde-fou, de protecteur de la démocratie… Cela peut être naïf écrit comme cela, mais les médias sont indispensables, quoi qu’on en dise. Comment, dès lors, contrer les escrocs médiatiques en tout genre ? Par des contre-enquêtes, parodies, et montages ravageurs mais aussi – et surtout – par le professionnalisme de certains journalistes. Enseigné dans les écoles de journalisme ?

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